OBJECTIF DU CHAPITRE
Décrire précisément le modèle qui s'est imposé dans les années 1990 — celui que la co-innovation va devoir dépasser.
1) POURQUOI CE MODÈLE EST NÉ
Le débat s'est nourri de DEUX SOURCES :
• L'EXEMPLE ASIATIQUE : les avantages de l'intégration poussée au sein des « KEIRETSUS », ces conglomérats financiers regroupant les fournisseurs autour des grands constructeurs nippons.
• L'ANALYSE DES DYSFONCTIONNEMENTS du modèle traditionnel, tel qu'il apparaissait déjà chez les grands constructeurs américains.
« L'Europe, une fois n'est pas coutume, a joué un rôle de leader » dans l'affirmation de ce nouveau modèle : LE CO-DÉVELOPPEMENT.
2) SA FORMULE : COMPÉTITION + COOPÉRATION
• COMPÉTITION : contrairement au modèle des keiretsus, les fournisseurs travaillent pour TOUS les constructeurs, qui symétriquement les mettent EN CONCURRENCE.
• COOPÉRATION : contrairement au modèle d'achat classique, la consultation et la sélection des fournisseurs s'opèrent DÈS LA PHASE INITIALE du projet, sur la base d'un accord sur les objectifs clés du programme. Le fournisseur choisi est ensuite intégré étroitement : CO-LOCALISATION sur le « plateau » projet, participation aux réunions d'avancement.
3) LES SIX DIMENSIONS DU MODÈLE (Garel, Kesseler, Midler, 1997)
1. UN PANEL RÉDUIT DE FOURNISSEURS CERTIFIÉS. La sous-traitance mettait en compétition un grand nombre de fournisseurs ; les constructeurs réduisent les appels d'offres à un panel de fournisseurs ayant fait leurs preuves — tout en maintenant la concurrence entre eux.
2. UNE IMPLICATION PLUS PRÉCOCE, UNE MARGE DE MANŒUVRE AUGMENTÉE. L'appel d'offres sur spécifications détaillées s'accorde mal avec l'anticipation des problèmes. La SÉLECTION TARDIVE DU MOINS-DISANT fait découvrir tard des problèmes qu'on aurait pu anticiper en avant-projet. Intégrer les fournisseurs AU MOMENT OÙ SE PRENNENT LES DÉCISIONS DIMENSIONNANTES limite les mauvaises surprises.
3. DES PÉRIMÈTRES D'INTERVENTION PLUS LARGES ET PLUS COHÉRENTS. On confie aux fournisseurs la conception de SOUS-ENSEMBLES COMPLETS (module, système) : ils ont montré leur capacité à trouver des compromis QCDP originaux, reprenant le rôle de spécification système.
4. UNE RESPONSABILITÉ SUR UN OBJECTIF DE RÉSULTAT GLOBAL (QUALITÉ-COÛT-DÉLAI). Ce n'est plus une obligation de CONFORMITÉ à des spécifications techniques détaillées, mais un ENGAGEMENT SUR DES PERFORMANCES GLOBALES. Cette obligation de résultat, associée à des périmètres élargis, élimine les problèmes d'INTERFACES entre pièces — sources de dérives qualité et de modifications innombrables.
5. UNE COMMUNICATION FRÉQUENTE ET TRANSPARENTE : explicitation des référentiels des partenaires, co-localisation sur les plateaux, LISTE COMMUNE DES PROBLÈMES.
6. UNE INTÉGRATION FORTE DE LA LOGIQUE TECHNIQUE ET DE LA LOGIQUE ÉCONOMIQUE. Dans le modèle traditionnel, la relation se résume à la négociation entre l'ACHETEUR du constructeur et le COMMERCIAL du fournisseur. En co-développement, dimensions économiques et techniques interagissent étroitement — ce qui suppose une évolution profonde du professionnalisme des acheteurs comme des techniciens.
4) SON BILAN
Le co-développement a « eu une contribution importante dans l'amélioration spectaculaire des performances des développements véhicules » : capacité à développer de nouveaux produits, temps de développement, coût de ces développements.
Une remarque de méthode, importante : les recherches du CRG ont étudié le processus non seulement du point de vue du CONSTRUCTEUR (comme le faisaient la plupart des analyses) mais aussi de celui du FOURNISSEUR, voire des deux en même temps. Cela a révélé combien certains fonctionnements internes du constructeur pouvaient NUIRE à l'efficacité globale et DÉCOURAGER l'investissement des fournisseurs.
À RETENIR
• Co-développement = compétition (panel, mise en concurrence) + coopération (intégration précoce, plateau).
• 6 dimensions : panel réduit ; implication précoce ; périmètres élargis ; obligation de RÉSULTAT global QCD ; communication transparente ; fusion des logiques technique et économique.
• Un modèle né face aux keiretsus asiatiques et aux dysfonctionnements américains — et porté par l'Europe.
2. Le modèle de co-développement : les six dimensions
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