OBJECTIF DU CHAPITRE

Mesurer l'ampleur exacte de la dérive — et savoir la comparer à OL3 (Finlande) et Taishan (Chine).

1) DEUX PRÉCAUTIONS DE VOCABULAIRE (elles tombent en examen)

• LA DURÉE DE CONSTRUCTION se compte, par convention, entre le PREMIER BÉTON NUCLÉAIRE (début du coulage du radier) et la MISE EN SERVICE INDUSTRIELLE (réacteur connecté au réseau, à puissance nominale). Attention : la mise en service industrielle est POSTÉRIEURE à la mise en service « administrative » (autorisation de chargement du combustible) — les deux sont souvent confondues dans la communication publique. Entre le chargement du combustible et la mise en service industrielle s'intercalent la PREMIÈRE DIVERGENCE puis le COUPLAGE AU RÉSEAU : 5 À 10 MOIS selon les circonstances.
• LE COÛT DE CONSTRUCTION annoncé par EDF = dépenses d'ingénierie et de maîtrise d'œuvre (à partir de la date d'engagement) + montant des contrats. Il DIFFÈRE du coût « overnight » des statistiques internationales : il n'inclut NI les pièces de rechange et le premier chargement de combustible, NI les « owner's costs » (personnels sur site en pré-exploitation, charges fiscales), NI LES INTÉRÊTS INTERCALAIRES.

2) LA CHRONIQUE DES COÛTS ANNONCÉS

mai 2006 : 3 300 M€ — décembre 2008 : 4 000 M€ — juillet 2010 : 5 000 M€ — juillet 2011 : 6 000 M€ — décembre 2012 : 8 500 M€ — septembre 2015 : 10 500 M€ — juillet 2018 : 10 900 M€ — OCTOBRE 2019 : 12 400 M€.

3) LA CHRONIQUE DES DÉLAIS ANNONCÉS

mai 2006 : mise en service industrielle en juin 2012 — décembre 2008 : couplage fin 2012 — juillet 2010 : couplage en 2014 — juillet 2011 : couplage en 2016 — novembre 2014 : démarrage en 2017 — septembre 2015 : chargement du combustible au 4e trimestre 2018 — juillet 2018 : chargement au 4e trimestre 2019 — juillet 2019 : mise en service pas avant fin 2022 — OCTOBRE 2019 : chargement du combustible fin 2022.

LE BILAN, MOT POUR MOT : « un considérable recul de la date de mise en service industrielle, passée de QUATRE ANS ET DEMI à PLUS DE QUINZE ANS après le premier béton, et à PLUS D'UN TRIPLEMENT en euros courants du coût de l'EPR de Flamanville. »

4) LES CHANTIERS FRÈRES

• OL3 (OLKILUOTO, FINLANDE) : premier béton en OCTOBRE 2005. En octobre 2019, toujours pas en service : chargement du combustible annoncé pour janvier 2020 (après 171 MOIS) et mise en service industrielle en juillet 2020, soit une construction en 177 MOIS — POUR 48 ANNONCÉS EN 2003.
• TAISHAN (CHINE), deux tranches : premiers bétons en octobre 2009 et avril 2010 ; chargements du combustible en avril 2018 (après 102 mois) et avril 2019 (après 108 mois) ; mises en service industrielles en décembre 2018 et septembre 2019 — soit des constructions complètes en 110 ET 113 MOIS, pour 52 MOIS annoncés au lancement. Coût : prévu à 50 milliards de RMB « avec une flexibilité de 20 % » (soit 60 en pratique), ressorti à ENVIRON 95 MILLIARDS DE RMB — environ 12 350 M€ POUR DEUX EPR (au taux d'octobre 2019).

LA LEÇON À TIRER DE CETTE COMPARAISON : Taishan aussi a dérapé (+5 ans, +60 %). Mais les deux réacteurs chinois FONCTIONNENT, et pour le prix de DEUX tranches on est à peu près au coût d'UNE SEULE à Flamanville. C'est cette réussite relative que Folz analysera (chapitre 8) — et c'est elle qui prouve, dit-il, la pertinence du CONCEPT et du DESIGN de l'EPR.

À RETENIR

• 3,3 Md€ → 12,4 Md€ ; 54 mois → plus de 15 ans. Le coût a plus que triplé.
• Le coût affiché par EDF exclut les intérêts intercalaires et les owner's costs : il est donc SOUS-ESTIMÉ par rapport aux standards internationaux.
• OL3 : 177 mois pour 48 annoncés. Taishan : 110 et 113 mois pour 52 annoncés, et ça marche.
• Ne pas confondre mise en service ADMINISTRATIVE (chargement du combustible) et INDUSTRIELLE (couplage à puissance nominale) : 5 à 10 mois d'écart.