OBJECTIF DU CHAPITRE

Savoir DÉCOMPOSER le surcoût — et comprendre pourquoi Folz qualifie l'estimation initiale, non pas d'optimiste, mais d'IRRÉALISTE.

1) LES QUATRE CATÉGORIES DE SURCOÛTS (à connaître)

L'analyse a été faite par EDF à partir de l'évaluation de 10 465 M€ en vigueur jusqu'en juillet 2018 (8 332 M€ de contrats + 2 143 M€ d'études et d'ingénierie, à comparer à 2 800 M€ et 500 M€ initialement).

• VARIATIONS DE VOLUME ET ÉVOLUTIONS DE PÉRIMÈTRE — augmentations de quantités (béton, ferraillage, tuyauteries, câbles…) et travaux NON CONTRACTUALISÉS au départ (comme le RÉCUPÉRATEUR DE CORIUM).
• IMPACTS RÉGLEMENTAIRES — impositions qui n'étaient pas connues ou ne pouvaient être estimées au lancement (interprétations de l'arrêté ESPN, traitement des agressions externes…).
• DÉLAIS — conséquences de la durée du chantier sur les marchés, et dispositions non prévues prises pour tenter de respecter les plannings successifs.
• ALÉAS ET COÛTS « TÊTE DE SÉRIE » (TTS) — les autres difficultés rencontrées dans les études, les fabrications ou le chantier.

2) LA RÉPARTITION — DEUX SÉRIES DE CHIFFRES À DISTINGUER

DÉRIVE DES CONTRATS (de 2 800 M€2008 à environ 8 350 M€) :
• volume et périmètre : 35 %
• impacts réglementaires : 12 %
• délais : 15 %
• ALÉAS ET EFFET TÊTE DE SÉRIE : 38 % ← le poste le plus lourd

DÉRIVE DES ÉTUDES ET DE L'INGÉNIERIE (de 500 M€ pour 5 millions d'heures, à environ 2 150 M€ pour 22 MILLIONS D'HEURES) :
• volume et périmètre : 27 %
• impacts réglementaires : 20 %
• DÉLAIS : 44 % ← le poste le plus lourd
• aléas et effet TTS : 9 %

ATTENTION AU PIÈGE D'EXAMEN : le poste dominant n'est PAS le même. Pour les CONTRATS, ce sont les ALÉAS ET L'EFFET TÊTE DE SÉRIE (38 %) ; pour l'INGÉNIERIE, ce sont les DÉLAIS (44 %) — mécaniquement, une équipe d'ingénierie qui reste mobilisée quinze ans au lieu de quatre coûte cher.

Les dérives ULTÉRIEURES (10 900 M€ en juillet 2018, puis 12 400 M€ en octobre 2019) relèvent « très largement des catégories DÉLAIS ET ALÉAS ».

3) POURQUOI L'ESTIMATION INITIALE ÉTAIT IRRÉALISTE

SUR LE COÛT. EDF avait évalué en 2003, PAR EXTRAPOLATION à partir du palier N4, un coût de 3 314 M€2001 (pour 2 tranches d'une série de 6, sur un site neuf en bord de rivière). Le consortium Areva/Siemens annonçait 3 000 M€ en Finlande, et Westinghouse un montant du même ordre. Le prix semblait donc « accessible ».
Or, MÊME EN EXCLUANT aléas et délais, la seule part de surcoût imputable au VOLUME ET AU PÉRIMÈTRE ressort à environ 2 300 M€ — un dépassement de l'ordre de 70 % par rapport à l'évaluation initiale. Conclusion de Folz : « EDF a donc GROSSIÈREMENT SOUS-ESTIMÉ dans ses travaux d'extrapolation la différence de taille et surtout de complexité entre le palier N4 et l'EPR. »

SUR LE DÉLAI. Les 54 mois annoncés (proches des 48 mois de l'offre finlandaise…) sont « TOTALEMENT DÉCONNECTÉS des dernières expériences d'EDF ». Les faits :
• CHOOZ B1, tête de série du palier N4 : 142 MOIS du premier béton au chargement du combustible (et mise en service industrielle 54 mois plus tard encore, du fait des surcapacités et du « lissage ») ;
• CIVAUX 2, dernière tranche construite : 98 MOIS jusqu'au chargement ;
• PALUEL 1, tête de série du palier P4 (1300 MW), à une époque sans lissage : mise en service 100 MOIS après le premier béton.
« On est bien loin des 54 mois annoncés pour Flamanville. »

LA PHRASE DE CONCLUSION, À CITER : « S'il est d'usage de considérer que les estimations initiales d'un grand projet sont souvent affectées d'un BIAIS D'OPTIMISME, celles effectuées pour la construction de l'EPR de Flamanville doivent être qualifiées, AU MIEUX, D'IRRÉALISTES. »

À RETENIR

• 4 catégories : volume/périmètre, réglementaire, délais, aléas et effet tête de série.
• Contrats : aléas + TTS = 38 % (dominant). Ingénierie : délais = 44 % (dominant).
• Ingénierie : 5 millions d'heures prévues → plus de 22 millions.
• Les têtes de série précédentes (Chooz B1 : 142 mois ; Paluel 1 : 100 mois) rendaient les 54 mois indéfendables.
• « Biais d'optimisme » habituel ? Non : « au mieux, irréalistes ».