OBJECTIF DU CHAPITRE

Mesurer ce qu'est réellement l'EPR — et comprendre pourquoi la complexité, bien réelle, N'EXCUSE PAS l'échec.

1) LES OBJECTIFS DES CONCEPTEURS

Améliorer sensiblement les performances des derniers réacteurs français (N4) et allemands (Konvoi) :
• EN SÛRETÉ : division PAR 10 de la probabilité d'un accident majeur ; RÉTENTION DU CORIUM dans l'enceinte en cas de fusion ; résistance au CHOC D'AVION…
• EN RENTABILITÉ : augmentation de la puissance et de la maintenabilité ; DURÉE DE VIE PRÉVUE À 60 ANS.

2) LES ÉVOLUTIONS TECHNIQUES QUI EN DÉCOULENT

• Confinement par une DOUBLE ENCEINTE : la première en béton précontraint doublée d'une PEAU MÉTALLIQUE (le « LINER », qui N'EXISTE PAS dans le N4) ; la seconde en béton armé très largement renforcé.
• Le « CORE CATCHER » (récupérateur de corium) : UNE COMPLÈTE NOUVEAUTÉ.
• Systèmes de sûreté DOUBLÉS : 4 TRAINS INDÉPENDANTS au lieu de 2.
• Le dispositif « TWO ROOMS », importé du Konvoi, permettant certaines interventions de maintenance réacteur en marche.
« Mais ces perfectionnements entraînent aussi un sensible SURCROÎT DE COMPLEXITÉ pour l'ingénierie et la construction. »

3) LES CHIFFRES DE LA DÉMESURE (à savoir citer)

• 400 000 TONNES DE BÉTON — 1,8 FOIS PLUS que pour le N4
• 47 000 tonnes d'armatures
• un RADIER DE 4 MÈTRES d'épaisseur
• des taux de ferraillage dépassant 500 kg/m³ dans certaines zones
• PLUS DE 1 000 SALLES dans l'ensemble des bâtiments
• 150 km de tuyauteries POUR LE SEUL ÎLOT NUCLÉAIRE
• environ 15 000 vannes
• 4 000 km de câbles
• 8 000 capteurs d'instrumentation
• 300 armoires de contrôle-commande

4) UNE NUANCE ESSENTIELLE : PEU D'INNOVATION TECHNOLOGIQUE

« Sur le plan technologique par contre, IL N'Y A PAS À PROPREMENT PARLER D'INNOVATIONS, mis à part le core-catcher. » Les principales nouveautés de l'EPR par rapport au N4 ne sont des nouveautés QUE POUR EDF ET LE RÉGULATEUR FRANÇAIS : elles concernent des équipements DÉJÀ EN SERVICE sur les réacteurs Konvoi (instrumentation du cœur introduite par le couvercle, mécanismes de commande des barres, soupapes du pressuriseur).

La difficulté n'est donc pas d'inventer : elle est de MAÎTRISER LA COMPLEXITÉ et de faire QUALIFIER, selon les règles françaises, des équipements conçus ailleurs.

5) DEUX AGGRAVANTS

• LES « OPTIMISATIONS » DU BASIC DESIGN. Pour diminuer la taille et donc le coût des bâtiments, de nombreux ajustements du design initial sont venus OBÉRER LA CONSTRUCTIBILITÉ : fréquents DÉSALIGNEMENTS DES VOILES DE BÉTON, et montages électromécaniques rendus plus complexes dans des espaces plus EXIGUS. L'économie apparente s'est payée en difficultés de chantier.
• LE SITE. La faible étendue des surfaces disponibles AU PIED DE LA FALAISE a contraint à localiser sur le plateau une partie des locaux d'entreprises, des stockages et des parkings. S'y ajoutent les contraintes du voisinage immédiat d'une centrale EN EXPLOITATION (tranches 1 et 2 de Flamanville). (À comparer avec Taishan, où de larges emplacements ont pu être viabilisés — chapitre 8.)

6) LA CONCLUSION DE FOLZ — CELLE QU'IL FAUT RETENIR

« Les dépassements de coût et de délai constatés à Flamanville NE SAURAIENT ÊTRE TOTALEMENT JUSTIFIÉS ni par l'irréalisme des prévisions initiales, ni par la taille et la complexité intrinsèque de l'EPR, QUI AURAIENT PU ET DÛ ÊTRE MIEUX ANTICIPÉES. D'AUTRES CAUSES SONT CLAIREMENT IDENTIFIABLES » — ce sont les chapitres suivants.

À RETENIR

• Objectifs : probabilité d'accident majeur divisée par 10, rétention du corium, résistance au choc d'avion, 60 ans de durée de vie.
• 400 000 t de béton (1,8 × le N4), 4 000 km de câbles, plus de 1 000 salles, 4 trains de sûreté au lieu de 2.
• Peu d'innovation technologique réelle : sauf le core-catcher, les nouveautés sont déjà en service sur le Konvoi.
• Les « optimisations » de coût ont dégradé la CONSTRUCTIBILITÉ.
• La complexité n'excuse rien : elle aurait pu et dû être anticipée.