OBJECTIF DU CHAPITRE

Comprendre deux causes majeures, souvent citées ensemble à tort : LANCER TROP TÔT (faute d'EDF) et UNE RÉGLEMENTATION QUI BOUGE (contexte externe).

1) DES ÉTUDES INSUFFISAMMENT AVANCÉES AU LANCEMENT

Le Basic Design était achevé en 2006. MAIS :
• les travaux d'INGÉNIERIE DE DÉTAIL étaient « à peine entamés » ;
• les études de SÛRETÉ, d'INCENDIE, d'AGRESSIONS, de QUALIFICATION DES MATÉRIELS étaient « peu engagées ».

Le chiffre qui dit tout : la direction du projet estimait alors que 40 % DES ÉTUDES seraient réalisées au premier béton (fin 2007), soit 3 millions d'heures restant à faire sur un total prévu de 5 millions. LES DERNIÈRES PRÉVISIONS DÉPASSENT TRÈS LARGEMENT 20 MILLIONS D'HEURES.

LA CASCADE DE CONSÉQUENCES :
• retard initial dans les études de design détaillé,
• prise en compte TARDIVE des retours des ingénieries des fournisseurs,
• avancement progressif des études de sûreté,
• aléas de chantier,
→ un nombre de MODIFICATIONS qui n'a cessé de croître, POUR ATTEINDRE QUELQUE 4 500.

Face à ce flux, « après une PHASE ILLUSOIRE DE BLOCAGE AUTORITAIRE », il a fallu instituer un véritable dispositif de gestion des modifications. Leur mise en cohérence a nécessité un effort considérable d'études, aboutissant à HUIT CONFIGURATIONS GLOBALES SUCCESSIVES — « alors qu'un projet suffisamment avancé au lancement et convenablement préparé NE DEVRAIT EN NÉCESSITER QUE TROIS AU PLUS ».

Effets induits, à citer : consommations supplémentaires d'heures d'études ; INSTABILITÉ DES SPÉCIFICATIONS ET INSTRUCTIONS données — « parfois DÉROUTANTE pour les entreprises contractantes » ; nécessité de NOMBREUSES REPRISES sur des montages déjà réalisés.

2) UN CONTEXTE RÉGLEMENTAIRE EN ÉVOLUTION CONTINUE

Folz distingue soigneusement ce qui a PEU pesé et ce qui a BEAUCOUP pesé — nuance à restituer en examen.

CE QUI A PEU PESÉ :
• FUKUSHIMA (2011) : réexamen de toutes les centrales (risques sismiques, inondation). À Flamanville, les études complémentaires ont montré que seuls quelques compléments MINEURS étaient nécessaires, hormis la construction d'un CENTRE DE CRISE local commun aux trois tranches.
• La réglementation des INB (décret de novembre 2007, arrêté de février 2012, en application de la loi TSN) : quelques études complémentaires, une formalisation accrue — « n'a pas pesé trop fortement sur le déroulement du projet ».

CE QUI A BEAUCOUP PESÉ : L'ARRÊTÉ ESPN (Équipements Sous Pression Nucléaires).
L'arrêté de DÉCEMBRE 2005 introduit de nouvelles exigences dont la traduction (qualification technique, résistance aux agressions, procédures de soudage, examen visuel avant épreuve, documentation) « a longtemps donné lieu à des DIVERGENCES D'INTERPRÉTATION ». La doctrine d'application n'est publiée que progressivement : le très attendu « GUIDE 8 » paraît en 2009, est révisé en 2012 ; l'arrêté lui-même est révisé en 2015 puis codifié en 2018 — PENDANT QUE LES FABRICATIONS SE POURSUIVENT.

3) L'HISTOIRE DU COUVERCLE DE CUVE (le cas d'école du rapport)

• 2006 : la calotte d'acier est forgée au Creusot. Bien que les mesures transitoires de l'arrêté ESPN permettaient jusqu'en 2011 de ne pas le faire, AREVA NP DÉCIDE D'APPLIQUER PAR ANTICIPATION les nouvelles dispositions.
• Comment qualifier une pièce de PLUS DE 100 TONNES et PLUS DE 5 MÈTRES de diamètre, sur laquelle des essais complets ne peuvent être réalisés SANS LA DÉTRUIRE ? Les discussions avec l'autorité durent PLUSIEURS ANNÉES et n'aboutissent qu'en 2011 : les dossiers de qualification devront être complétés par des tests sur des prélèvements faits sur une CALOTTE SEMBLABLE.
• Pendant ce temps, le couvercle est en fabrication à Chalon Saint-Marcel. Les soudages des ADAPTATEURS s'avèrent de mauvaise qualité : en novembre 2010, Areva détecte des DÉFAUTS SUR 80 % DES SOUDURES. Les réparations révèlent de nouveaux défauts → remise en conformité de grande ampleur avec de nouveaux adaptateurs, dont les travaux ne s'achèveront QU'EN 2015.
• Parallèlement, la campagne de qualification débouche fin 2014 sur la découverte de la SÉGRÉGATION DU CARBONE. Un vaste programme de justification — quelque 1 700 ESSAIS ET MESURES sur TROIS CALOTTES SACRIFICIELLES — est élaboré alors que LA CUVE EST DÉJÀ DANS LE BÂTIMENT RÉACTEUR. Trois réunions du groupe permanent d'experts (2015, 2016, 2017) aboutissent en octobre 2017 à un avis autorisant la mise en service du couvercle AVEC UNE LIMITATION DE DURÉE DE VIE À 2024, sauf démonstration d'un contrôle in situ complet.
• En 2018 — DOUZE ANS APRÈS LE FORGEAGE des fonds bombés — l'épreuve hydraulique complète de la cuve avec son couvercle est enfin réalisée. Et par précaution, EDF A DÉJÀ COMMANDÉ UN NOUVEAU COUVERCLE.

À RETENIR

• Études : 40 % étaient censées être faites au premier béton ; 5 millions d'heures prévues, plus de 20 millions réalisées.
• 4 500 MODIFICATIONS ; 8 configurations globales successives au lieu de 3 au maximum.
• Fukushima et la réglementation INB : impact limité. L'ARRÊTÉ ESPN : impact majeur.
• Le couvercle de cuve : 80 % de soudures défectueuses, ségrégation carbone, 1 700 essais, autorisation limitée à 2024, un nouveau couvercle commandé.