OBJECTIF DU CHAPITRE

Comprendre d'où vient l'idée de portefeuille — et pourquoi on ne peut pas la transposer telle quelle aux systèmes d'information.

1) LA FINANCE : MARKOWITZ, 1952

Avec son article « Portfolio Selection », paru en 1952 dans le Journal of Finance, HARRY MARKOWITZ est considéré comme le PÈRE DE LA THÉORIE MODERNE DU PORTEFEUILLE en finance. Cela lui a valu le PRIX NOBEL D'ÉCONOMIE EN 1990.

Fondamentalement, Markowitz introduit et détaille deux notions :
• la DIVERSIFICATION ;
• l'ÉQUILIBRE ENTRE RISQUE ET VALEUR.

Ces deux notions restent la BASE de la gestion de portefeuille, QUEL QUE SOIT L'ACTIF CONCERNÉ — y compris des projets informatiques.

2) LE DÉVELOPPEMENT DE NOUVEAUX PRODUITS (R&D + MARKETING)

Le développement de nouveaux produits, domaine qui marie R&D et marketing, utilise DEPUIS LONGTEMPS des approches de type portefeuille. Dans certaines industries comme la PHARMACIE, cette approche est au cœur même de la stratégie (on gère un portefeuille de molécules).

3) LES LIMITES DE LA TRANSPOSITION AUX SI

Beaucoup de notions venues de la finance se généralisent sans problème. Mais il existe une limite majeure : LA LIQUIDITÉ.

• Un actif financier est très facilement « transformable » en un autre actif : les ressources sont facilement réallouables.
• UN PROJET, NON. On ne bascule pas des personnes d'un projet à l'autre comme on vend une action.

C'est le point de friction central de toute la démarche : la « liquidité » d'un portefeuille de projets est faible, et ce qui la limite avant tout, c'est l'IMPARFAITE MOBILITÉ DES INDIVIDUS (on y revient au chapitre 7).

Deuxième limite, venue cette fois du développement de nouveaux produits : ces approches supposent un projet qui débouche sur UN PRODUIT OU UN SERVICE VENDU SUR UN MARCHÉ. Cela permet un calcul clair de la valeur attendue.

Or LA PLUPART DES PROJETS SI NE SONT PAS DANS CE CAS : ils produisent un SYSTÈME qui CONTRIBUE à la réalisation d'ACTIVITÉS qui déboucheront, elles, sur un produit ou un service vendu. La chaîne est indirecte — d'où la difficulté récurrente à chiffrer la valeur d'un projet informatique.

À RETENIR

• Markowitz (1952, Nobel 1990) : diversification + équilibre risque/valeur. C'est la base, quel que soit l'actif.
• La pharmacie et la R&D pratiquent le portefeuille depuis longtemps.
• Limite n°1 : un projet n'est pas LIQUIDE — les ressources ne se réallouent pas d'un clic.
• Limite n°2 : un projet SI ne débouche qu'INDIRECTEMENT sur un produit vendu → sa valeur est difficile à calculer.